C'est pas pour dire, mais ça fait un bon moment que je n'ai pas râlé sur ce blog. Le jardinage, la culture et les amours, c'est bien joli, mais on ne me paie pas pour écrire des bisounourseries ou du Barbara Cartland. Le public veut du brutal. Du percutant. Du cruel. Du méchant. Du qui colle des bourre-pifs. Du qui arrache. Et ça, je sais faire, c'est ma spécialité. Tout petit déjà, je haïssais l'humanité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ne s'arrange pas. Bien au contraire. J'ai la misanthropie exponentielle, moi!
La semaine dernière un événement de portée internationale a eu lieu à Genève: la Veggie Pride. Oui, vous avez bien lu. Les végétariens, végétaliens et autres végans on créé leur propre manifestation, calquée sur celle des gays. Après tout, pourquoi pas? Tout le monde a bien le droit de défiler pour manifester ses opinions. A quand la Steak Pride pour les amateurs de viande, la Slip Pride pour celles et ceux qui n'aiment pas les strings qui rentrent dans les fesses, la Renault Fuego Pride pour les fans de Renault Fuego, la Nabilla Pride pour les pouffes qui rêvent de montrer leur cul à la télé et la Quadra Pride pour tous mes admirateurs (5000 selon moi, 5 selon la police) ?
Seulement voilà. Les défenseurs des animaux - une cause fort louable au demeurant - ne se contentent pas d'exprimer leurs vues. Ils se permettent des comparaisons pour le moins osées en se victimisant et font preuve d'un extrémisme et d'une intolérance absolument nauséabonds. Et là, moi je dis stop. Il y a des limites à la connerie, et elles sont allégrement dépassées par les responsables de cette Veggie Pride.
En préambule, je précise que je suis omnivore (mais non Nabilla, je ne mange pas d'hommes, non mais allô quoi) tout comme les 7 milliards d'humains sur la planète. Je n'y suis pour rien, on m'a fait comme ça. Je ne mange pas beaucoup de viande, de moins en moins, en fait, mais un bon filet de bœuf de temps en temps, miam! Comme il y a des végétariens dans ma famille, j'ai depuis très longtemps l'habitude de demander à mes invités quelles sont leurs préférences culinaires (Nabilla! Il s'agit de cuisine, rien de porno, enfin!) afin que tout le monde puisse manger ce qu'il aime. Par exemple, je ne mets pas de thon dans ma légendaire salade de pâtes le cas échéant. Et il y a toujours abondance de légumes, de salades, de fruits, de pain et de fromages quand on fait un barbecue. Ce qui est la moindre des choses, non? La réciproque n'est par contre pas souvent vraie: chez un végétarien, vous ne trouverez pas de viande (ce qui m'est égal, je m'en passe volontiers). On vous interdira même d'en apporter, comme c'est arrivé à un de mes enfants lors d'un buffet canadien. Vive la tolérance.
Cette tolérance qui est pourtant l'un des chevaux de bataille de la Veggie Pride, on en reparlera plus loin. Cette manifestation n'est finalement pas étonnante, étant donné le prosélytisme acharné dont font généralement preuve les vegpridiens (je vais nommer ainsi les participants à la Veggie Pride, toutes tendances confondues). Moi, le prosélytisme non sollicité a tendance à m'agacer rapidement. Mais tant que cela reste entre adultes sains de corps et d'esprit, ça ne me dérange pas. Là où je me révolte, c'est quand il s'agit d'enfants. Qu'il s'agisse de religion, de régime alimentaire ou de quoi que ce soit, je trouve cela inadmissible. Et ça l'est encore plus quand on oblige un enfant à suivre les convictions de ses parents. C'est une question de principe: l'enfant a le droit de décider lui-même ce qu'il veut lorsqu'il est en âge de le faire, sans bourrage de crâne préalable.
Et dans le cas des vegpridiens, cela peut même causer des problèmes de santé aux enfants en fonction du degré de "veggitude" imposé par les parents. Je ne suis pas médecin ni nutritionniste, mais il est clair que certains régimes provoquent des carences et mettent en danger le développement des enfants. J'ai vu récemment un documentaire absolument édifiant sur une mère végane-crudivore hollandaise et son fils de 14 ans. Le gamin en paraissait 10, et malgré le fait que les médecins aient dit à la mère (à qui on menace de retirer la garde de son enfant pour maltraitance) que son fils allait mesurer entre 12 et 15 centimètres de moins à l'âge adulte, elle s'obstinait à ne le nourrir que de fruits et légumes crus, prétextant que c'est lui-même qui le voulait. Évidemment, le pauvre gamin qui a subi un lavage de cerveau depuis tout petit n'ose pas dire non à sa mère. Révoltant. Je ne parle ici bien entendu pas des végétariens "classiques" (ovo-lacto-végétariens, ou ovo-végétariens, ou lacto-végétariens) dont le régime est parfaitement équilibré. J'en ai d'ailleurs une preuve irréfutable dans ma famille: un ado végétarien de 14 ans lui aussi mais qui mesure déjà 1m80.
Venons-en donc au discours des instigateurs de cette Veggie Pride. Il ne s’agit pas de vanter les bienfaits d’une alimentation végétarienne (indiscutablement bonne pour la santé), mais bel et bien de réclamer l’abolition mondiale de la viande. Non pas pour des raisons écologiques ou de santé humaine, mais uniquement pour stopper le massacre des animaux et leur exploitation. On ne peut qu’être d’accord qu’il faut protéger les animaux et les traiter avec respect. On peut comprendre qu’on se batte pour leur cause et qu’on milite pour l’antispécisme. Mais abolir la consommation de viande sur toute la planète, c’est tout de même un peu excessif, non ? Je trouve que ce type de demande – en dehors d’être totalement utopique – est une sorte de caprice d’enfants gâtés. Un truc de riches et de privilégiés. Ici – je parle du monde occidental – on a les moyens financiers de choisir son alimentation, d’aller à l’épicerie bio, de se fournir en compléments alimentaires riches en vitamines (surtout B12 ) pour les végétaliens et de ne pas utiliser de produits testés sur les animaux. Allez maintenant dire aux gens des pays sous-développés qu’ils n’ont plus le droit d’élever d’animaux pour se nourrir et consommer du lait, des œufs ou de la viande. Plantez des légumes, les gars. Ah mince, y’a pas d’eau… Et pas de magasins ni d’argent pour acheter du soja et des lentilles. C’est ballot, non ?
Et que dire de l’extrémisme de certains végans, qui n’ont décidément pas peur du ridicule en préconisant un régime végétarien à leurs chats et chiens. Animaux qui sont, rappelons-le, totalement carnivores et qui se fichent totalement de la philosophie de leur propriétaire. Et d’ailleurs, la possession d’un animal domestique n’est-elle pas de l’exploitation animale ? Le chat, le chien, le cheval, le hamster et le participant aux Anges de la Téléréalité ne seraient-ils pas plus heureux en liberté dans la nature ? Poussons maintenant le raisonnement jusqu’à l’absurde. S’il faut convertir tous les animaux carnivores au végétarisme, y’a du boulot, moi je vous le dis. Imaginez le nombre de gazelles en tofu qu’il faudra pour nourrir les lions, par exemple. Ou de petits poissons en seitan pour que le requin mange à sa faim (il ne pourra plus manger de surfeurs et d’inspecteurs du fisc si la viande est interdite).
Trêve de plaisanteries et reprenons notre sérieux. Si, si, reprenons-le, je vous prie. Il est de bon ton de laisser parfois son sérieux s’éloigner pour s’ébattre joyeusement dans les prairies de l’amusement et de l’humour. Mais là, il faut le reprendre car nous allons passer aux choses qui fâchent. Les organisateurs de la Veggie Pride se disent victimes de "végéphobie". Une végéphobie qu’ils n’hésitent pas à comparer à l’homophobie, tant ils sont victimes de discriminations et de railleries. Et là, franchement, il y a un moment où il faut s’acheter un cerveau et arrêter de se regarder le nombril, les gars! Mais quel manque de respect à l’encontre des homosexuels, qui souffrent depuis toujours – et c’est malheureusement loin d’être fini – de discriminations, de haine et de mépris. A-t-on déjà vu un végétarien ne pas oser avouer ses convictions de peur d’être répudié par sa famille ? A-t-on déjà vu un végétarien être discriminé à l'embauche parce qu’il ne mange pas de viande? Des végétariens se sont-ils déjà fait tabasser dans la rue par des végéphobes ? Des végétariens hésitent-ils de s’embrasser en public par peur de choquer les gens ? A-t-on déjà traité un arbitre de foot de végé au lieu de pédé ? Existe-il des "chasses aux végés" menés par des skins? Interdit-on aux végétariens de se marier et d’avoir des enfants ? A-t-on déporté des personnes pendant la 2e guerre mondiale parce qu’elles étaient végétariennes ? Les églises ont-elles considéré le végétarisme comme une déviance ou une maladie? Là, c’est du foutage de gueule absolu, les vegpridiens !
Pour terminer, les vegpridiens réclament de la tolérance à leur égard. Certes. Mais pour bénéficier de tolérance, de compréhension et de respect, il faut déjà commencer par en faire preuve à l’égard des autres. Même entre eux, ils ne sont pas d’accord. Pour preuve, je vous cite l’édifiante déclaration de la chargée de communication de la Veggie Pride dans la Tribune de Genève du 18 mai : « Les végétariens reprochent aux végans d’être extrémistes, les végans reprochent aux crudivores-frugivores de se soucier de leur santé et pas des animaux. Les frugivores contestent mais rejoignent toutefois les végans pour reprocher aux végétariens de soutenir indirectement l’industrie de la viande. Certains végans ne viendront pas à la Veggie Pride parce qu’il y aura des végétariens ». Bel exemple de tolérance, non ? Je suis persuadé que le succès plus que mitigé de cette manifestation (400 personnes pour une réunion internationale qui a bénéficié d'une grosse couverture médiatique, c’est très peu) vient de ce mélange d’extrémisme, d’agressivité (les gens qui mangent de la viande ne sont rien moins que des assassins), de prosélytisme, de nombrilisme (végéphobie comparée à de l’homophobie) et d’incohérence (je suis végan et j’ai un animal domestique). On estime la proportion de végétariens en Suisse entre 4 et 9%. Cela signifie que les dizaines de milliers de végétariens qui vivent dans la région genevoise n’ont pas voulu participer à cette mascarade.
Alors oui, mille fois oui, à la protection des animaux , à la limitation de consommation de viande (n’oublions pas le coût écologique énorme de sa production), à l’éducation nutritionnelle des enfants (viande ou pas, tu es en bonne santé si ton alimentation est variée), à la multiplication des plats végétariens partout (je ne sais pas où vivent ceux qui se plaignent, mais à Genève, on peut en trouver dans la majorité des restaurants et c’est obligatoire dans les cantines scolaires), et surtout que tout se fasse dans le respect des convictions, des goûts et des envies des uns et des autres, et tout cela en bonne intelligence.
Bon, ce billet est affreusement long – et il y aurait encore bien des choses à dire – mais c’est un vaste sujet. Promis, la prochaine fois, je vous concocterai un truc court et rigolo !
Bon week-end à tous :)



